bandeau imageDRDJSCS Normandie

DRDJSCS Normandie

Newsletter
Retour à la page d'accueil
>SPORT >Réduction des inégalités d’accès >Portrait d’un sportif normand engagé : Claude Revert, un modèle à suivre

Portrait d’un sportif normand engagé : Claude Revert, un modèle à suivre

Article Réduction des inégalités d’accès 12/04/2016

Un parcours d’exception débute souvent dès le plus jeune âge. Celui de Claude Revert, s’est amorcé avant même qu’il puisse ouvrir les yeux. Diagnostiqué par les médecins de la maternité comme étant atteint de la maladie génétiquement rare de Hirschsprung, Claude a su se battre pour déjouer le sort médical qui le condamnait à potentiellement trois jours de vie maximum.

Ce combat, il l’a mené seul, inexorablement seul ayant été abandonné par ses deux parents qui ne voulaient sûrement pas porter le poids de la responsabilité. Placé à la DDASS, l’ancienne structure d’aide sociale à l’enfance à l’âge de 4 ans pour obtenir le statut de Pupille de l’Etat afin pour pouvoir lui permettre de continuer à être opéré régulièrement, ce rescapé de la vie a entrepris au cours de ses années d’adolescent de nombreuses recherches pour retrouver ceux qui l’ont mis au monde avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il souhaitait les retrouver pour leur montrer qu’il était toujours vivant et qu’il n’a jamais perdu de sa vaillance face au monde impitoyable envers les plus vulnérables dont on aurait pu penser qu’il faisait partie. Les recherches l’ont conduit à bon port auprès de son père mais c’est désormais lui qui décide de reprendre le large loin de lui suite à des propos irrespectueux envers sa mère introuvable et surtout suite au manque de chaleur humaine ressentie lors de la rencontre.
Claude a poursuivi ses études dans une classe spécialisée jusqu’en 5ème et c’est à l’âge de 8 ans que l’un de ses camarades le motive à découvrir le monde extérieur au travers le scoutisme. Il y rencontre des personnes que sa vie particulière lui permet de rencontrer. Malgré les aléas de sa maladie, il reconnaît que sans tout cela, il n’aurait sans doute jamais pu intégrer le scoutisme unitaire de France et les scouts d’Europe dont il fait encore aujourd’hui partie. Ces institutions, qui elles-aussi n’avaient pas l’habitude de côtoyer un orphelin sans religion, lui ont permis de riches échanges et d’avoir une éducation complémentaire à celle de l’école.

Claude n’a été placé qu’à l’âge de 13 ans en famille d’accueil. Le sort continue de s’acharner contre lui, après la maladie et l’abandon, c’est face à la violence qu’il va être de plein fouet confronté. Les rapports avec ses hôtes sont des plus mauvaises, notamment avec son père adoptif et Claude finit par fuguer à répétition pour faire reconnaître son mal-être à la DDASS. Le service militaire le sauve en quelque sorte car on l’incite à participer aux trois jours obligatoires à faire à l’âge de 18 ans. Il est victime d’une occlusion intestinale au cours de ces trois jours et est envoyé à l’Hôpital militaire de Lyon. L’armée l’exempte donc et fait appel pour lui permettre de repasser les tests. Un an après, c’est chose admise, il repasse les tests de sélection et chose incongrue, il est intégré au 68ème RAA, régiment d’élite situé à la Valbonne. Il y trouve une famille qu’il n’a jamais eu la chance d’avoir malgré la dureté des entraînements qui sont pour lui un véritable parcours du combattant. On lui promet un stage en Guyane mais deux mois plus tard, c’est un envoi en OPEX au Cambodge qui l’attend. Dans le cadre de ses missions, il se blesse de manière importante à la mâchoire avant son départ mais l’armée décide tout de même de l’envoyer sur place malgré ses douleurs lancinantes, passant outre les soins dont il avait besoin. Il reste préposé aux armes sur place, un positionnement central qui nécessite une lucidité comme des réflexes exemplaires. Claude se demande encore aujourd’hui quelle force l’a animé pour ne pas craquer et se tuer sur place, pour ne plus vivre avec tant de fardeaux.

Il découvre les horreurs de la guerre, ses douleurs le lancent de plus en plus, les soins nécessaires ne lui sont pas délivrés suite à un refus des Allemands qui géraient à cette période les rapatriements, pour motif d’absence de raison de valable médicale. Ils temporisent la douleur en lui instaurant des fils de fer dans la bouche afin d’y fixer des élastiques qui permettaient un fonctionnement correct de la mâchoire mais qui ne soignaient rien. Il finit par être hospitalisé le temps que la décision soit prise pour son rapatriement compte-tenu que son état de santé qui s’empirait, une période où il côtoit à nouveau les immondices de la guerre sur les hommes, entendant et voyant jour et nuit les cris de douleur des civils blessés autour de lui. Il réussit à revenir en France, rapatrié d’urgence par l’Armée de l’air au bout de plusieurs jours, en raison de ses souffrances trop importantes à la mâchoire. Le temps de se soigner, on le renvoie chez son père adoptif, chose que Claude n’accepte pas, n’accepte plus. Il est désormais adulte et ne veut subir un temps de plus les violences qu’il a connu adolescent. Il est interné quelques mois à l’hôpital psychiatrique tellement sa rage contre cette décision le met hors de lui. On lui inflige un traitement lourd où ses seuls souvenirs sont de dormir à longueur de journée. L’Armée le réforme P4 à sa sortie sans lui faire repasser le moindre test. Il se bât encore aujourd’hui pour faire reconnaître ses droits que l’Armée veut ignorer. Conscient qu’il a été pour eux de la chair à canon qui a néanmoins réussi à s’en tirer, il ne veut rien lâcher de son combat contre l’injustice que l’armée lui fait subir chaque jour qui passe dans la mesure où elle ne reconnaît pas son statut qui lui permettrait de vivre autrement aujourd’hui. Par son courage et sa ténacité, il parvient tant bien que mal à suivre des formations de remise à niveau pour un jour avoir un emploi stable, chose qui n’est toujours pas d’actualité malgré les nombreux postes qu’il a pu obtenir notamment dans le domaine sportif.

C’est en 1994 qu’il arrive en Normandie, il y découvre le milieu associatif rouennais pour lequel il œuvre sans compter ses efforts et ses heures. Il entreprend aussi une véritable revanche physique en débutant la course à pied. La marche qui a longtemps pour lui une difficulté devient son meilleur moyen de s’exprimer. Succès inattendu, il parvient à effectuer son premier semi-marathon, celui de Bois-Guillaume en 1h46. Ses amis athlètes l’encouragent alors à continuer vu ce résultat héroïque. Il intègre le club de Mont-Saint-Aignan où il pratique la compétition dans la catégorie des valides malgré son handicap lié à la maladie. Il enchaîne les courses et change de clubs d’athlétisme au rythme des possibilités de travail et d’hébergement. Ne lâchant rien, il courre même la prestigieuse épreuve du semi-marathon du Mont Ventoux en juillet 2015 en 2h49. S’entraînant quotidiennement, il a été effectué le 3 avril dernier, le célèbre Marathon de Paris. Montrant en permanence une bravoure sans égale, Claude, désormais marathonien, puise tout dans ses ressources dont il ne sait l’existence. En parallèle, il s’adonne chaque hiver depuis deux ans à la pratique du snowboard, notamment cette année avec l’UCPA qui lui a délivré un apprentissage soutenu et digne d’un athlète valide en bonne santé.

Reconstruit, équilibré, Claude l’est quelque part mais pas totalement. Son parcours atypique l’entraîne encore aujourd’hui dans des méandres professionnels et personnels compliqués où rien n’est jamais simple. Encore moins que pour quiconque d’ailleurs. Il a écrit un livre pour faire part de son engagement, de sa témérité et souhaite aujourd’hui le faire partager au plus grand nombre comme un modèle de combativité lorsqu’aucune chance ne vous est donnée dès votre naissance, lorsqu’aucune chance ne vous est donnée au cours de votre vie. Les emplois qu’il obtient aujourd’hui ne sont jamais certains et restent assez précaires, il vit toujours auprès de familles d’accueil chez qui il ne se sent pas toujours comme chez lui, ses revenus et aides ne lui permettent pas d’être pleinement autonomes pour s’offrir enfin la sérénité dont il a toujours eu finalement besoin.
Pour tout cela et parce qu’il a été récipiendaire le 24 mars 2007 de la médaille de bronze de la jeunesse et des sports et cet été 2015 de la médaille d’argent pour son engagement associatif normand, nous souhaitions vous faire part de sa vie, de vous en faire un modèle à une époque où la volonté de réussir est un combat de longue haleine. Lui dire par cet article que la place qu’il cherche quelque part toujours dans la société, pour nous et au nom de la DRDJSCS Normandie il l’a trouvé, mieux encore il l’a obtenu en convaincant nos cœurs et esprits.

Nous vous encourageons à l’aider en lisant et offrant son livre : Coup droit pour un « Revert ». Pour le recevoir par courrier, contactez directement l’auteur qui se fera un plaisir de vous l’adresser contre la somme de 12€ + frais de port : Claude Revert au 06 69 24 90 76 – claude.revert@sfr.fr